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Le pommier : arbre de vie, arbre de bois

Le pommier est sans doute l’arbre fruitier le plus cultivé au monde. Son fruit, universellement connu et chargé de symboles, traverse les mythes, les religions et les traditions depuis des millénaires. Mais si la pomme occupe le devant de la scène, le bois du pommier, lui, reste souvent méconnu. Et pourtant : dense, fin, coloré, sensuel au toucher, il fait partie de ces essences discrètes que les artisans redécouvrent avec émerveillement.

De la famille des rosacées, l'espèce principale est le Malus domestica. Sa densité est de 0,5 à 0,6 (500 à 600 kg/m³).

Aux origines du pommier

Paradoxe fascinant : le pommier est à la fois l’arbre fruitier le plus familier et celui du fruit défendu.
Les premières traces du pommier sauvage remontent à la fin du tertiaire et au début du quaternaire, il y a environ 1,6 million d’années. Des empreintes fossiles de feuilles ont même été découvertes dans des roches quaternaires près de Marseille.

Les pommes que nous connaissons aujourd’hui descendent de pommiers sauvages originaires du Caucase. Elles étaient déjà consommées au Néolithique sur les plateaux d’Asie centrale — la région d’Almaty, au Kazakhstan, revendiquant encore cette origine.

La pomme voyage ensuite par la route de la soie : connue des Chinois il y a plus de 3 000 ans, elle arrive chez les Arabes, puis chez les Grecs et les Romains.

Au IVᵉ siècle av. J.-C., Théophraste décrit déjà six variétés de pommes.

Quelques siècles plus tard, les Romains en recensent au moins trente-sept.

Aujourd’hui, près de 6 000 variétés sont parfaitement identifiées.

Les grands types de pommiers

On distingue généralement trois grandes catégories :
  • les pommiers à cidre,
  • les pommiers à pommes de table (ou pommes à couteau),
  • les pommiers polyvalents, adaptés à la cuisson, au jus ou au cidre.
La majorité des variétés commerciales modernes sont issues de croisements réalisés aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles.

Deux porte-greffes anciens dominent encore :
  • le pommier Paradis, très apprécié pour sa mise à fruit rapide,
  • le pommier Doucin, plus vigoureux.
La tradition latine raconte même que la pomme croquée par Adam et Ève appartenait à la variété Paradis — d’où son nom, directement lié au lieu qu’ils habitaient…

Un arbre robuste et généreux

Le pommier peut vivre cent ans et plus. Il atteint couramment 10 à 15 mètres de hauteur, avec un tronc solide et une écorce grisâtre qui s’écaille avec l’âge en plaques brun foncé. Sans taille, il développe naturellement une cime hémisphérique, large et équilibrée.

Certaines variétés supportent des froids rigoureux, jusqu’à –17 °C, ce qui explique son implantation dans de nombreuses régions tempérées.

Mythes, légendes et symboles

Le pommier est l’un des arbres les plus chargés de symboles au monde :
  • Dans la mythologie grecque, il est un arbre solaire, la pomme évoquant la forme du soleil.
  • La pomme est aussi le fruit de l’immortalité : Hadès en offre une chaque printemps à Perséphone lorsqu’elle revient sur Terre annoncer le renouveau.
  • Les pommes d’or du Jardin des Hespérides figurent parmi les épreuves d’Hercule.
  • Dans les traditions celtiques, elles guérissent la faim, la soif, la douleur et la maladie, sans jamais se consumer.
  • Chez les Gaulois, le pommier — arbre souvent porteur de gui — est sacré, au même titre que le chêne. Appelé Abellio, il est considéré comme un arbre de l’Autre-Monde, un lien entre les vivants et l’invisible.
  • Même Noël n’y échappe pas : l’« arbre à pommes » des traditions alsaciennes et germaniques est l’ancêtre direct du sapin de Noël. Le 24 décembre, lors de la fête d’Adam et Ève, il était même déconseillé de manger des pommes…
Le bois de pommier : un trésor discret

Si le fruit est universel, le bois de pommier est un secret d’atelier.

Il présente :
  • un grain très fin,
  • une couleur rose sombre élégante,
  • un aubier blanc crème, extrêmement serré.
  • Sa palette chromatique est étonnamment riche : brun chaud, rouge rosé, blond crémeux… comme si le bois reflétait la diversité des pommes elles-mêmes.
Certes, le pommier peut se fendre sur de très grosses sections. Mais sur des pièces de taille moyenne, il devient un bois exceptionnel.

Un bonheur pour les artisans

Au tournage, il est remarquable : long copeau, coupe douce, surface soyeuse.

Au toucher, il est chaleureux, presque vivant.

À la finition, il excelle : il accepte très bien les teintures, réagit aux acides et aux pigments, et peut même être noirci pour imiter l’ébène.

Son fini naturel, simplement poli au feutre et ciré, est d’une élégance rare. Les tourneurs qui l’essaient une fois y reviennent presque toujours.

Le pommier est ce bois que l’on aime travailler… et qui semble aimer qu’on le travaille.

En conclusion

Arbre nourricier, arbre mythique, arbre sacré, le pommier mérite pleinement son titre d’arbre de vie. Peu d’essences offrent à la fois autant de richesses alimentaires, symboliques et artisanales.

Si vous avez l’occasion de récupérer un tronc, une branche ou même un simple rondin de pommier, ne le laissez pas partir au feu sans réflexion. Donnez-lui une seconde vie entre vos mains : il vous le rendra au centuple.

Le pommier : arbre de vie, arbre de bois

Rédigé le  13 jan. 2026 17:26 dans Essences de bois  -  Lien permanent

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